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Musique classique et opéra par Classissima

Edvard Grieg

dimanche 19 février 2017


Carnets sur sol

1 février

Le long ruban des concerts de Février

Carnets sur sol Je commence par redire ce que j'ai déjà dit. Il me reste toujours pas mal d'œuvres exhumées cette saison à présenter (Messe d'Innocent Boutry, Les Horaces de Salieri, Chimène de Sacchini, Brocéliande d'André Bloch…), des notules sur la technique vocale, des sujets d'éclaircissement sur les orchestres munichois ou néerlandais… Il ne se passe pas de semaine sans que j'y travaille activement, mais les recherches nécessaires et le dégoût de la monomanie me conduisent à avancer tout cela de front, et donc lentement. Pour autant, et malgré le retard accumulé dans mes plans machiavéliques pour le développement de CSS et la conquête du monde (civilisé), je ne puis laisser passer le rituel planning du mois, pour votre usage, estimés lecteurs, frères semblables ou trolls difformes. 1. Bilan de janvier Au 25 janvier, seulement 10 concerts (un peu concurrencés par les expositions en début de mois), mais je me prépare 6 spectacles sur 3 jours en fin de semaine (facile, quand il y a un pré-concert à 19h !) qui devraient un peu rééquilibrer ces statistiques dangereusement déclinantes. J'ai néanmoins dû renoncer, pour des raisons bassement pratiques (vivre à peu près socialement, assurer ses fonctions professionnelles avec le prestigie qui sied, renouveler ses hardes, etc.), à une poignée de merveilles dont je m'étais fait le chantre ici même : ♠ concert des classiques d'airs de cour par Léa Desandre et Violaine cochard ; ♠ Le Songe d'une Nuit d'été d'Ambroise Thomas par la Compagnie de L'Oiseleur ; ♠ trios de Cécile Chaminade et Mel Bonis (musée Henner) ; ♠ Hänsel und Gretel arrangé pour récitant et nonette de cuivres (CRR de Boulogne) ; ♠ Musique pour Cuivres et Cordes de Hindemith avec une Symphonie de chambre de Milhaud (Orchestre d'Éric van Lauwe) ; ♠ orgue letton (Ešenvalds, Kalniņš, Vasks …) à Radio-France. Pas le plus beau corpus du monde (et sur ce biniou infâme !), mais très rare, et de belles atmosphères tradi (enfin, je ne connais pas toutes les pièces au programme, mais d'après le reste de leur production, notamment pour orgue, ou celle de leurs collègues…), ♠ mélodies et musique de chambre de Guy Sacre et autres compositeurs français du second XXe et XXIe (Boisgallais), par Billy Eidi notamment. Mais j'en ai aussi vu de belles ! ♣ Des raretés que je ne verrai probablement pas deux fois : ♣♣ Recréation de Médée et Jason de Joseph Salomon (1713), acte II intégral. Par les étudiants du CRR de Paris (renforcés des pôles Versailles, Cergy et Boulogne-Billancourt). Une tragédie de la meilleure période (deuxième génération ), dont rien n'avait été remonté, et qui contient de façon très audible les influences italiennes et les tropismes sombres de la prédominance d'un livret hautement tragique. La préparation d'Isabelle Poulenard a vraiment porté des fruits sur le plan de la déclamation. Totalement grisant d'entendre tout cela renaître, très bien joué et chanté de surcroît ! Une notule illustrée est prévue. ♣♣ Sacchini, Chimène ou le Cid (1783) par le Concert de la Loge Olympique et les solistes de l'ARCAL. De loin son meilleur opéra, et qui, sans spoiler la notule en préparation, sonne de façon étonnamment mozartienne dans un opéra français (bien plus que Grétry ou J.-Ch. Bach . En attendant, vous pouvez en lire l'introduction . ♣♣ Le Quatrième Quatuor de Stenhammar. Dans un postromantisme qui évoque Mendelssohn ou Schumann à peine enrichis, ce qui se fait de mieux (le Troisième aussi). Couplé dans ce concert avec les étranges moirures grises du mieux connu Deuxième Quatuor de Szymanowski et Septième Quatuor de Chostakovitch. Pas servis au mieux par le Royal String Quartet (polonais !), aux angles émoussés… le premier violon en retrait permettait certes de s'intéresser davantage à l'accompagnement, mais cela manquait de tension, surtout pour soutenir des œuvres peu jouées, en particulier Stenhammar qui ronronnait un peu et Szymanowski qui devenait un peu translucide. Mais enchanté d'avoir entendu tout ça en vrai, l'envie furieuse de se plonger précisément dans la partition à présent ! Deux intégrales existent au disque, privilégiez celle du Quatuor Stenhammar, ardente et limpide, très bien captée par BIS. (L'intégrale danoise est très bien aussi, néanmoins.) ♣♣ Joseph-Guy Ropartz, Sonate n°2 pour violon et piano par Stéphanie Moraly (putto d'incarnat de la meilleure violoniste la saison passée) et Hugues Leclère, plus des pièces courtes de Lili Boulanger et Georges Migot (et la sonate de Debussy) – exclusivement des œuvres de 1917. Toujours la même maîtrise absolue (partition en main, littéralement rien à côté, en rythme comme en justesse), le même grain magnifique (assez fin mais pas du tout grêle, idéal pour la musique française), la même chaleur (tension toujours soutenue dans des œuvres à la structure pourtant complexe, inhabituelle ou fuyante). L'œuvre de Ropartz elle-même est assez atypique, en deux mouvements très contrastés (le premier vif avec des couplets lents, le second lent avec des couplets vifs), harmoniquement recherchés, et qui puisent à la source du foklore, tout en le transmutant très profondément (réminiscence d' « il était un petit navire », notamment). C'est le Ropartz le plus ambitieux qu'on y entend, celui de l'opéra tristanien Le Pays plus que celui des chœurs consonants, des quatuors un peu anonymes ou des symphonies germanisantes (sauf la Troisième, évidemment). Stéphanie Moraly sort dans les prochaines semaines, chez Timpani, sa version de la Sonate de Koechlin – de pair avec une nouvelle version, dans une édition révisée, de l'immense Quintette pour piano et cordes. L'un des grands disques à ne pas manquer cette année si l'on s'intéresse à la musique de chambre, à la musique française de cette période, ou même simplement au violon. ♣♣ Louis Vierne, Les Angélus, cycle de mélodies pour orgue et soprano. D'une poésie délicate, parfaitement française. J'ignorais jusqu'à leur existence, et pourtant c'est un bijou, dans un format qui n'est pourtant pas si difficile à réunir. Un plaisir d'y entendre scintiller Harmonie Deschamps (la voix a beaucoup gagné en équilibre et en brillant, c'est désormais une grande !) et, dans tout le programme (dont la Pièce Héroïque de Franck) les jeunes organistes du CNSM, très éloquents. ♣♣ 42 Street au Châtelet. Bien que très bon client du musical (aussi bien intello-chic que très grand public), pas été enchanté par l'œuvre, et sans doute d'autant plus qu'on en faisait grand bruit. Après trois expériences bouleversantes au Châtelet (Les Misérables , Sunday in the Park with George , Into the Woods …), et une prévisible demi-teinte (Carousel ) deux déceptions consécutives, dans les deux cas à cause de l'œuvre (Passion de Sondheim, ). 42 Street, c'est du backstage musical au carré : les gens parlent de faire du tap dance pendant 2h30… et dansent des claquettes pendant 150 minutes. Tout n'est qu'un vaste prétexte, ou plutôt même pas un prétexte… tout n'est que claquettes. Certes, c'est joli (et force l'admiration sur l'endurance exceptionnelle des interprètes, sans parler de la nécessité de chanter par-dessus le marché !), et il y a deux ou trois très bonnes chansons là-dedans, mais il ne se passe, réellement, absolument, rien. ♪ Des ensembles insolites : ♫ Thomas E. Bauer dans le Schwanengesang de Schubert, accompagné sur pianoforte (une copie d'après un Walter de la fin du XVIIIe) par Jos van Immerseel. La discrétion du pianoforte – sans pédale, un modèle ancien par rapport à la date de composition (1828), mais comme on ne jouait pas nécessairement sur des instruments récents, crédible… – rend l'accompagnement beaucoup plus sommaire (à peine présent, les harmonies audacieuses plus discrètes, la coloration limitée) et permet des équilibres très différents en faveur de la voix. On pourrait les chanter sans technique lyrique, en conséquence – ou presque, vu les ambitus et les caractères (les plus tempêtueux y font véritablement appel). Je croyais, à en juger par ses derniers disques, Thomas Bauer en déclin : pas du tout ! Non seulement la voix est toujours belle et saine, mais il se permet de tout chanter en tonalité originale (pour ténor…). Surtout, il donne la primauté au texte, et nous raconte des histoires, plutôt sur le mode du murmure, mixant volontiers, n'exagérant jamais les effets. Ce sont les poèmes qu'on reçoit en ligne directe, habillés par Schubert. Cela se fait au détriment du legato – il n'y en a pas, tout est quasiment chanté note à note –, ce qui me ravit, mais c'est un parti pris fort qui peut frustrer ceux qui se déplacent plutôt pour le chant. Et puis les moirures du timbre, fantastiques, sur lesquelles il ne se repose pas du tout, explorant toute une palette de nuances. Le plus séduisant est le caractère direct de sa composition, rien ne sonne « construit », c'est un chant qui place le texte en premier, sans paraît du tout « intellectuel ». ♫ Christian Gerhaher et Gerold Huber dans les groupes de lieder tardifs de Schumann (Op.49, 83, 90, 127, 142) que personne ne donne, ni même n'enregistre ensemble. Il y a une raison à cela : ceux qu'on joue fréquemment sont excellents, les autres un peu plus banals, assez décevants pour tout dire, pour du Schumann de maturité. Par ailleurs, ils n'ont pas de lien thématique (ni même d'auteurs, quelquefois) en commun. Néanmoins, avoir l'occasion de les entendre dans leur environnement originel, et par le meilleur de la Liedersängerie, représente un privilège. Gerhaher est toujours aussi saisissant dans sa maîtrise technique des alternances vibré / non vibré , métallique / non métallique , plein / mixte , couvert / non couvert . En revanche, sans doute par contraste avec le concert Bauer qui avait lieu juste avant, j'ai surtout été frappé par l'artifice de ses propositions : la diction est extraordinairement limpide, mais très formelle ; on sent aussi, contrairement à Bauer, l'obsession de maîtriser la beauté des sons et de la ligne. Un orfèvre, et cela s'entend quelquefois un brin trop. Surtout, déçu par le Liederkreis opus 24 , où je me figurais qu'encore plus que pour l'opus 39, il ferait figure de référence absolue ; je l'y ai trouvé peu inventif, et même assez peu expressif. Plutôt dans la lignée de ceux qui l'ont interprété comme un flux (Prégardien, Bostridge, Spence ou Saelens ont fait ça très bien), plutôt que dans son détail poétique comme Bauer (par deux fois au disque !), Bär, S. Genz ou Fassbaender. Je crois aussi que la voix, qui rayonne incroyablement par sa clarté, avec orchestre, n'a pas l'impact physique d'autres chanteurs, même sans mentionner Goerne . Pour couronner le tout, Huber sonnait cette fois réellement comme un accompagnateur, discret, effacé, parfois un brin poussé vers ses limites, rien à voir avec sa recréation orchestrale somptueuse dans leurs concerts Mahler. Superbe concert (évidemment), mais en deçà de la sensation attendue pour le meilleur duo de lied actuel – côté chanteur, le meilleur c'est Bauer, en fait. S'il pouvait donner des concerts avec Helmut Deutsch ou Eric Schneider, la question serait réglée. ♥ Toujours à la poursuite de mes chouchous, cette fois orchestraux : ♥♥ Classe de direction d'orchestre, avec Enrique Mazzola en professeur invité. L'Orchestre des Étudiants du CNSM jouait le Concerto Jeunehomme de Mozart et la Deuxième Symphonie de Schumann. À l'exception d'un étudiant dans le mouvement lent de Schumann, dont j'ai trouvé les coutures d'écriture trop soulignées, d'un style emphatique bien plus tardit, d'excellentes visions, toutes très conscientes des enjeux manifestement. Excellent pianiste, Ismaël Margain, bien plus subtil qu'à peu près toutes les vedettes entendues dans ces concertos qui sont en général travaillés comme un à-côté du vrai répertoire intéressant ; accompagnement très fin (en particulier dans le premier mouvement, avec une exaltation simple et pédagogique des motifs) ; dans le Schumann, c'est l'ivresse de jouer cette musique qui frappe… Ivresse contagieuse. Sous ses promesses d'audition d'étudiants, un grand concert symphonique ! ♥♥ La Cinquième Symphonie de Tchaïkovski par l'ONDIF et Mazzola, un des rares orchestres à communiquer autant, lui aussi, son plaisir de jouer ce qu'il joue ! Comme toujours avec Mazzola, flux très évident, les transitions sont audibles mais toujours très directionnelles, on ne se perd jamais ; plus étonnant, cette lecture de cette autre Cinquième « du Destin » paraît très lumineuse, pas du tout tourmentée, juste la joie inextinguible de la musique. Encore plus insolite, c'est l'accompagnement du Concerto pour piano de Grieg qui m'a le plus convaincu ; une œuvre qu'il ne faut pas réserver aux pianophiles, assurément, mais là encore, cet engagement et cette éloquence dans un accompagnement, voilà qui était aussi inattendu que jubilatoire. ☼ Des auditions, et autres astres montants : ☼☼ Audition de chant baroque au CRR de Paris. L'accompagnement au clavecin du professeur était vraiment raide (et peu assuré), ce qui contraignait la souplesse de phrasé des chanteurs, autrement de très belles voix dans un beau programme qui parcourt avec goût le XVIIe. À prévoir avec un accompagnateur spécialiste, une prochaine fois ? ☼☼ Spectacle de chant baroque au CRR de Paris. En plus de l'acte II de Médée de Salomon évoqué plus haut, de l'air de cour, des pièces instrumentales (harpe de Luzzaschi, orchestre de Muffat), le début de Joseph de Haendel… Au ténor près (le même que pour L'Europe galante), qui a beaucoup de travail en perspective, des voix très intéressantes et très bien faites, qui maîtrisent remarquablement les langues de surcroît (y compris le français déclamé, restitué ou non). Très beau spectacle dans son ensemble, en plus de l'événement Salomon ! ☼☼ Audition de la pré-maîtrise de Notre-Dame au CRR de Paris. Chanteurs dans les 8-10 ans, à vue de nez. Programme conçu autour de compositeurs spécialistes de la musique chorale, et qui font à nouveau leurs preuves : Mendelssohn, Aboulker, Rutter… Très beau, et très bien chanté en plus – même lorsqu'on n'a vraiment pas, comme moi, de tropisme vers les petits braillards. ☼☼ Cours public d'orgue par Olivier Latry et Michel Bouvard. Deux heures sur le premier tiers du deuxième des trois Chorals de 1890 de Franck, c'était un peu trop, mais le principe était vivifiant, notamment l'aller-retour, sur une pièce à l'harmonie et la structure complexes, entre Latry qui donnait toutes les petites astuces permettant de procurer, sur un instrument sans attaques dynamiques, du relief et de la tension, et Bouvard expliquant à l'élève et au public l'économie et la logique générale de la pièce. Alors que je ne l'avais pas en très haute estime jusqu'ici, j'ai réécouté en boucle le triptyque de chorals pendant la moitié de la semaine. ◊ Enfin, du théâtre (scandinave évidemment) : ◊◊ Hedda Gabler d'Ibsen , que je n'avais vue que dans la vision prosaïque d'Ostermeier, il y a déjà une dizaine d'années . La compagnie Nostos, dans le petit Théâtre de l'Usine à Éragny, tire assez bien parti de ce qui n'est vraiment pas le meilleur Ibsen – pas vraiment la qualité psychologique ni les retournements dramatiques, les dévoilements tragiques qui font en général la colonne vertébrale de ses pièces. Une femme fatale aux siens et à elle-mêmen au centre, sans que les ressorts son âme soient jamais vraiment révélés. Beaucoup de sobriété bienvenue… et justement, les faiblesses sont plutôt à relever dans les ajouts – le juge ex machina lourdement surligné par la sonorisation, alors que sa transmutation de représentant de la loi en pire crapule d'un drame déjà pas bien joli constitue justement un beau coup de théâtre ; ou encore la relation saphique entre les deux femmes perdues, qui n'entre en résonance avec rien dans le texte, qui présente plutôt une lutte sourde, des rapports sociaux brutaux… Un coup de chapeau aux deux actrices dont la langue maternelle n'est pas le français, et qui trouvent pourtant le ton juste sans effort d'adaptation pour le public. ◊◊ Danza macabra (Dödsdansen) de Strindberg à l'Athénée, en italien. Belle expérience que cette mise en scène de Luca Ronconi dans la traduction (aménagée) de Roberto Alonge. La langue semble conditionner la vision de cette pièce totalement fermée sur un vieux couple empli de leurs haïnes mutuelles, et la tirer vers une quasi-comédies de caractère. L'italien bien sûr, mais aussi le jeu des acteurs, font de cette garnison perdue sur une île quasi-désertique, de cet isolement très prégnant dans les pièces d'Ibsen et Strindberg, une sorte de sitcom comico-horrifique, où l'on ne peut jamais prendre complètement au sérieux les méchancetés énoncées ou accomplies. La vie ainsi ajoutée à l'atmosphère permet à l'ensemble de très bien fonctionner, en particulier grâce au jeu savoureux de Giorgio Ferrara. Théâtre rempli seulement à moitié : Strindberg n'est pas très populaire en France, et je doute que la promesse de la langue étrangère, qui m'attirait, ait produit le même effet chez le grand public. Par ailleurs, pas facile à vendre comme théâtre : de même que pour Fadren (« Le Père »), l'épouse est la pire dans le couple dysfonctionnel, et le patriarche méchant mais victime envoie finalement le message opposé du théâtre d'Ibsen, où la femme est motrice. Il ne se passait pas grand'chose en janvier dans les grandes maisons, mais grâce à Carnets sur sol, si vous avez suivi les judicieux conseils de nos putti ventripotents, vous aurez vécu de grandes émotions – et aurez, je l'espère, couvert un peu plus de répertoire que d'ordinaire. January's Walk of Shame Jean-Honoré FRAGONARD, 1778 Également connu sous le titre de Fanfan. (Metropolitan Museum of Art.) 2. Quelques conseils en février Comme toujours pendant les vacances scolaires, le programme est allégé. Quand même de quoi s'amuser (au sein de chaque catégorie, pour faciliter vos explorations, je classe plus ou moins par ordre chronologique des œuvres). ► Œuvres rares, programmes originaux – appétissants : ■ Le 28, Marcabru, Dufay, Willaert, Gabrieli, Monteverdi et Vivaldi par Savall (et Mauillon) à la Philharmonie. ■ Le 22, salle Cortot, pièces pour les Jésuites argentins, avec La Chimera (Kusa , Rewerski, Egüez ), beau (tout petit) ensemble spécialiste des airs de cour en langue castillane. ■ Le 18 à 15h, petits motets de Campra (Cum invocarem), Bernier (Laudate Dominum), et la Troisième Leçon pour le Mercredi de Couperin. Par le remarquable ensemble spécialiste et défricheur de la musique baroque française (il y en a peu !) Le Vaisseau d'or et deux excellentes sopranes spécialistes (Agathe Boudet et Julia Beaumier). ■ Le 5 à 12h30, extraits des plus beaux corpus de clavecin (du moins parmi ceux qu'on joue très peu en concert) : de Jacquet de La Guerre (son chef-d'œuvre, la Suite en ré mineur), Louis Couperin (Suite en la), Duphly. Et puis, peut-être, la plus belle œuvre pour clavecin de Bach (du moins dans le goût traditionnel), la Troisième Suite française. Par Hélène Diot et Françoise Lengellé. (Soubise, gratuit.) ■ Deux opéras de Paladilhe : Le Passant, et des extraits de L'Amour africain. Un compositeur dont on n'a à peu près rien au disque (à part ses grandiloquentes Saintes-Maries dans une interprétation assez choucrouteuse), malgré ses vastes succès de son temps et ses opéras très ambitieux – Patrie !, le miroir de l'intrigue de Don Carlos , est un bijou du grand opéra à la française, dont les airs de baryton étaient très courus au début du XXe siècle, et qu'il faudra bien se résoudre à remonter un jour, lorsque Bru Zane aura fini de faire joujou avec les mignardises pompières. Ici, deux pièces de format moins ambitieux, mais qui seront servies par tout l'enthousiasme (à peu près bénévole et tout sauf amateur) de la Compagnie de L'Oiseleur. (Temple du Luxembourg, libre participation.) ■ Le 8 (lieu privé, me contacter par courriel ou en commentaires), concert-récitation de la Compagnie de L'Oiseleur. LULLY, Rameau, Janequin, Delafosse, Ravel, Chaminade, Polignac, La Presle, Fol, Schumann, Paladilhe, Chausson, Berger… et textes de Proust, Maupassant, Houellebecq, Montaigne, Rousseau, la Grande Mademoiselle, Gide, Flaubert, Barbey d'Aurévilly, Gautier, Chateaubriand, Sarte, Sachs ■ Le 28 à l'amphithéâtre de la Cité de la Musique, programme de musique de chambre futuriste (et soviétique) russe avec Ustvolskaya (Trio pour clarinette, violon et piano ; Sonate pour piano n°5), Mossolov, et cycles de mélodies de Vainberg, Chostakovitch et Prokofiev, avec Marina Prudenskaya (qui remplace Anna Samuil initialement annoncée). Une tuerie en perspective. ■ Le 3 au CNSM, l'Orchestre des Gardiens de la Paix dans un programme Groupe des Six – incluant même Tailleferre, Durey et la grande valse de L'Aiglon ! Gratuit. ■ Le 28 à Saint-Louis-des-Invalides, Saint-Saëns (Cyprès et Lauriers pour orgue et orchestre), Debussy (Nocturne n°2 et Rhapsodie pour clarinette), Stravinsky, Milhaud, Bernstein (Fugue & Riffs, ouverture de Candide), Morton Gould. Programme assez jubilatoire. (15€ en première catégorie. Réduction possible en me contactant.) ■ Le 17 à la Maison de la Radio, tissage de la musique de scène de Purcell pour The Tempest avec du Saariaho. Attelage assez attirant, je dois dire. (Tarif unique 15€.) ■ Le 13 à la Maison de la Radio, œuvres pour orgue de Messiaen, Florentz, Saariaho, Latry et Karttunen, par Olivier Latry. ► Autres dates intéressantes : ■ Le 2 à l'Oratoire du Louvre, le chœur américan Chanticleer interprète de tout, de Goudimel et Palestrina à Bryars et Cohen. ■ Le 5 à 17h, club du 38 Riv', œuvres anglo-italiennes pour harpe triple et viole de gambe. ■ Le 21 à Herblay , cantates et/ou opéras de Giovanni Alberto Ristori (1692-1753) par l'Ensemble Diderot et Maria Virginia Savastano. Jamais écouté à vrai dire (sauf la soprane, très bien), mais considérant les dates, ce doit être en plein dans l'esthétique du pur seria baroque. ■ Le 23, pièces pour piano d'Hélène de Montgeroult, jouées sur pianoforte (amphi de la Cité de la Musique). C'est sympa parce que c'est rarissime (compositrice de la charnière XVIIIe-XIXe), mais ça n'a pas un intérêt formidable… écrit dans le goût de Mozart, mais on est très loin de la personnalité de Mozart ou Dussek, par exemple. Pour le plaisir de la rareté et de l'instrument d'époque. C'est complet de toute façon, me semble-t-il. [En revanche, je vous recommande le château et son jardin.] ■ Fantasio d'Offenbach, une œuvre sérieuse, loin d'être sa plus inspirée musicalement ou dramatiquement, mais ça change. Et dans la grande jauge du Châtelet, il doit être facile d'obtenir encore des places. ■ Le 5 à 16h, Sérénade pour vents de Dvořak et R. Strauss par des membres du Philharmoniqe de Radio-France. ■ Les 2 et 4, Illuminations et Serenade de Britten, en extraits à l'intention du jeune public – avec une petite scénographie, me semble-t-il. (Au 104, par l'Orchestre de Chambre de Paris.) ■ Le 27 aux Invalides (salle Turenne), Sonate pour clarinette de piano de Bernstein, Quintette avec harmonium de Dvořák, Quintette pour piano et vents de Beethoven, Quatuor avec piano n°3 de Brahms Bizarre attelage, avec des choses chouettes (Bernstein), saugrenues (Dvořák) ou plus courues mais géniales (Brahms). 15€. ■ Le 20 aux Invalides (salle Turenne), duo pour hautbois et de Doráti (très grand symphoniste , mais dans ce format réduit ?), trio avec flûte et piano de Françaix, variations sur des thèmes d'opéra de Pasculli, Premier Trio de Brahms. 15€. ■ Le 13, salle Turenne, trio avec clarinette de Rota et Khatchaturian, Concert de Chausson, et un quatuor avec flûte de Mozart, avec des membres émérites de l'Orchestre de Paris (Roland Daugareil, Vincent Lucas). Pas des chefs-d'œuvre incommensurable en dehors du Concert de Chausson (joué en temps en temps à Paris), mais un joli programme original. 15€. ■ Le 24 à la Cité de la Musique, Rothko Chapel de Feldman. ■ À partir du 23, pièces de Messiaen et Takemitsu par des membres de l'Intercontemporain, pour une chorégraphie de Teshigawara à Chaillot. En revanche, tarifs prohibitifs pour les adultes (35€ pour de la musique de chambre contemporaine…). ■ Le 22 à l'Espace Bernanos, diptyque Schumann-Kurtág (Phantiasiestücke avec clarinette, Märchenbilder et les deux trios). ► Interprètes et ensembles parrainés. ■ Dans l'alternance de Così fan tutte à Garnier, deux très belles distributions (vraiment !), mais notez en particulier la présence, dans la A, des voix graves : Paulo Szot et Philippe Sly, particulièrement présents et glorieux. ■ Le 3 au CRR de Paris, la classe de violon de Stéphanie Moraly (dont il était question ci-dessus). Pour en avoir entendu quelques-uns en audition avant son concert, il y a de très beaux archets à découvrir (et le programme était hallucinant encore une fois, Vieuxtemps, Ysaÿe, Caplet, Satie, Honegger, L. Boulanger, Milhaud !). Je n'ai pas le programme de cette nouvelle session pour l'instant. Gratuit. ■ Le 28 à la Cité de la Musique, l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSM) dans Sibelius 2, le concerto pour violon de Khatchaturian (bon courage)et une création d'Alvarado. Gratuit. ► Cours publics. ■ Cours public de Svetlin Roussev (violon) au CNSM (le 2 à 19h). ■ Cours public d'Olivier Baumont (clavecin) au CNSM (le 24 à 19h). ► Théâtre. ■ Le petit-maître corrigé de Marivaux salle Richelieu. ■ La mort de Danton de Büchner au Théâtre de la Bastille. ■ Intérieur de Maeterlinck au studio-théâtre de la Comédie-Française (dans le Carrousel du Louvre), tous les soirs à 18h – les classes laborieuses sont priées d'être des professeurs, manifestement. ■ La Peur (Zweig) au Théâtre Michel. ■ L'État de siège de Camus à l'espace Pierre Cardin (production du Théâtre de la Ville). Assez cher pour du théâtre subventionné, néanmoins. À partir du 1er mars. ► À vendre ! ■ Parce que j'ai d'autres projets / trouvé des places moins chères / un ami empêché / changé d'avis, je revends quelques places, à prix doux et bonne visibilité, pour quelques concerts de février : ■■ Une place pour jeudi à la Philharmonie (18€, bien placée) – Premier Concerto de Brahms avec Harding . Vendue. ■■ La Belle Meunière avec Goerne le 6 au Théâtre des Champs-Élysées, 25€ au lieu du prix public de 30€ (au fond du second balcon, légèrement de côté, normalement une bonne visibilité sur le pianiste et en tout cas sur le chanteur). ■■ Lohengrin à Bastille le 8. ► J'achète ! ■ Vous l'avez vu, le 28, il y a Sibelius 2 par mes petits protégés, le pot-pourri avec clarinette solo des Invalides, Marcabru par Mauillon, Ustvoslkaya… Assez tranquille qu'il s'agissait là de répertoires suffisamment interlopes et pas des interprètes pas tout à fait superstar, je me suis laissé aller, depuis l'ouverture, à l'agonie du chien d'Aristote et Buridanus… jusqu'à m'apercevoir qu'il ne restait plus de place pour mes deux premiers choix, le concert Savall et surtout la musique de chambre futuriste. Aussi, quelqu'un à l'une de ses places à écouler pour le 28 février, qu'il n'hésite pas à passer par moi. Et plein d'autres choses à voir, à n'en pas douter. Si vous êtes curieux de ma sélection personnelle, elle apparaît en couleur dans le planning en fin de notule. Il y a déjà de quoi s'amuser, même en période de vacances scolaires où – pour une raison que je ne mesure pas trop, la désertion francilienne n'étant pas du tout comparable à celle d'août ! – l'offre de concerts est traditionnellement moins exponentielle que le reste de l'année. Marguerite GÉRARD, Prochaines aventures sur sol ! (1778) Également connu sous le titre de L'Enfant et le Bulldog, d'après la Première leçon d'équitation de Fragonard. (Metropolitan Museum of Art.) 3. Expositions Ça se renouvelle en ce début d'année, mais je n'ai pas eu le temps de tout mettre à jour, elles courent pour quelque temps encore de toute façon. Je disais donc : Ça n'a pas énormément changé depuis la dernière fois , laissez-moi gagner un peu de temps de ce côté-là en vous recommandant le remarquable Exponaute (et son tri par date de fin !) ou la très utile sélection mensuelle de Sortir à Paris . 4. Programme synoptique téléchargeable Attention, en raison d'une transition (abandonnant à regret l'excellent logiciel libre Kalender où tout était exécutable au seul clavier !) vers un autre logiciel qui permette la synchronisation automatique, certaines des dates importantes sélectionnées ci-dessus ne figurent pas dans le calendrier ci-dessous. Comme les dernières fois : Les codes couleurs ne vous concernent pas davantage que d'ordinaire, j'ai simplement autre chose à faire que de les retirer de mon relevé personnel, en plus des entrées sur mes conspirations occultes et autres éviscérations de chatons. Néanmoins, pour plus de clarté : ◊ violet : prévu d'y aller ◊ bleu : souhaite y aller ◊ vert : incertain ◊ **** : place déjà achetée ◊ § : intéressé, mais n'irai probablement pas ◊ ¤ : n'irai pas, noté à titre de documentation ◊ (( : début de série ◊ )) : fin de série ◊ jaune : événement particulier, échéance ◊ rouge : à vendre Les bons soirs, vous pourrez toujours distinguer mon pas de funambule le long des rampes majestueuses, dans les lieux, décidément, les plus fréquentables du centre de l'Univers. Cliquez sur l'image pour faire apparaître le calendrier (téléchargeable, d'ailleurs, il suffit d'enregistrer la page html) dans une nouvelle fenêtre, avec tous les détails. [En raison d'une défaillance d'hébergeur, il est possible que la page html soit cette fois-ci automatiquement téléchargée, vérifiez votre dossier d'arrivée !] Toutes les illustrations picturales de cette notule sont tirées de photographies du Fonds Řaděná pour l'Art Puttien, disponibles sous Licence Creative Commons CC BY 3.0 FR .

Le blog d'Olivier Bellamy

Hier

Ludmila Berlinskaya, sur l’échelle de Richter

Quelle vie ! D’avoir grandi au milieu des répétitions du Quatuor Borodine, d’avoir croisé Mravinski, Chostakovitch, d’avoir été adoptée par Sviatoslav Richter, d’avoir joué avec Rostropovich. Fille de Valentin Belinsky, Ludmila Berlinskaya s’est fait un prénom à l’Institut Gnessine des enfants surdoués, puis au Conservatoire de Moscou, puis sur scène avant de s’installer sur Seine avec Arthur Ancelle avec qui elle forme un duo de pianistes étonnants. Voici son programme : Ses madeleines : - chanson du Grand Voyage Cosmique (Tu me crois ou pas ?) : https://www.youtube.com/watch?v=F0A89grmQ98 - Richter : Fantaisie de Schumann op. 17 (1er mvt) (version 1980 Budapest de préférence) - Dvorak : Quintette n° 1 1er mouvement (Ludmila avec Quatuor Borodine) : https://www.youtube.com/watch?v=RCtWYB2d1as Playlist - Gainsbourg : “je suis venu te dire” - Machina Vremeni (Bob Grebenchikov) Povorot https://www.youtube.com/watch?v=tHF9UN5ZxNg (jeunesse de Mila) - Rostropovich 2e mouvement de la sonate de Grieg - Yudina joue la sonate de Berg op. 1 -Scriabine : Feuillet d’album (Album Ludmila 2015) - Tchaikovsky : 6e symphonie (dernier mouvement) par Mravinsky




La lettre du musicien (Comptes rendus)

7 février

Le duo belge Lévy-Idmtal en concert à Gstaad

Invités du festival des Sommets musicaux (direction artistique : Renaud Capuçon), la violoniste Maya Lévy et le pianiste Matthieu Idmtal ont offert un programme de sonates romantiques qui comportait aussi une pièce contemporaine de Toshio Hosokawa, le compositeur en résidence de l’édition 2017.A vingt ans à peine, Maya Lévy réunit l’ensemble des qualités qu’un violoniste peut désirer posséder. Tenue impeccable, jeu souverain sur toute la longueur de l’archet, intonation quasi-parfaite, tempérament affirmé, mais plus encore : don d’une voix véritable magnifiée par un instrument d’Enrico Cerruti (Crémone, 1851). Toujours élève, à Vienne, du grand Boris Kuschnir, le premier prix du concours Grumiaux – dont l’évolution récente est remarquable – pêche sans doute par une tendance à jouer un brin trop bas sur la touche, par un vibrato nerveux qu’accusait l’excellente acoustique ambiante, et surtout par une sorte de « passion excessive » qu’il serait vain de reprocher à une interprète de son âge. Rien, ici, qui fût platement aimable ou policé, affadi par une faiblesse de conviction, entravé par un lâche désir de contrôle. Dépourvu de rigueur française (d’une Sonate de Leclair, par exemple), privé de classiques viennois, le programme avait certes le tort d’exacerber malgré lui tensions et contrastes, état de fait dont pâtit la création d’Hosokawa, travaillée avec le compositeur, néanmoins superbe d’atmosphères et d’intensité. Accompagnateur solide et fin, soliste aguerri par ailleurs, traducteur sensible de Scriabine et Chopin, Matthieu Idmtal est musicien, attentif aux lumières et aux plans, capable de répliquer un phrasé dans la seconde de l’oreille et des doigts. On eût certes souhaité plus d’abandon lyrique, plus de sage profondeur, davantage d’élévation et de sérénité dans la Sonate en mi mineur d’Elgar, dans la Sonate n°3 de Grieg (notamment dans le cantabile en la bémol de son dernier mouvement), qui furent tragiques, sombres, enlevées quoiqu’un peu lestes au plan de l’unité organique. Et pourtant... C’est justement avec ce feu, cette impatiente fureur, cet engagement total qu’il faut jouer à ce stade de son développement personnel, y compris, et même d’abord lorsque l’on a l’audace de se mesurer à des pages que les aînés – Menuhin frère et sœur, Kreisler et Rachmaninov, en particulier – ont rendu immortelles. Riche d’un avenir prometteur, le tandem touche en bis, avec beaucoup d’art et de chic, la Valse triste que Franz von Vecsey offrit à la princesse Lante della Rovere. Cette valse en do mineur que donnait Arthur Grumiaux, celle-là même dont Cziffra exhalait l’irrépressible nostalgie, nostalgie poignante de Pesth, nostalgie du café Kedves, douleur tsigane et juive de la vaci utca. Un soupçon de Kreisler, de Mitteleuropa. Vecsey, disciple prodige de Joachim et de Hubay, logeait dans ce palais vénitien du Grand Canal où Wagner avait écrit le second acte de Tristan. Compris dans sa symbolique, le geste, superbe de culture et de curiosité, fut vivement acclamé (4 février).



MusicaBohemica

27 décembre

Čelanský, un chef tchèque en France

Ludvík Vítězslav Čelanský, un chef tchèque en France A travers ce  titre, il n’est pas question de la présence d’un chef tchèque pour une tournée de courte durée dans notre pays. Il s’agit de bien autre chose qui illustre d’une manière un peu particulière l'état des relations franco-tchèque au début du XXème siècle. De 1909  à 1912, Louis Victor Čelanský (on francisait ses prénoms) occupa la place de chef permanent d’un orchestre qui s’installa au Théâtre Apollo à Paris. Il n’importa pas les ouvrages représentatifs du génie tchèque, sauf exception, mais consacra son temps, comme le souhaitait le fondateur du théâtre, Alphonse Franck, à diriger des opérettes dont la plupart était marquée du sceau viennois. C’est ainsi que La Veuve joyeuse de Franz Lehar occupa la scène durant plusieurs mois totalisant plus de 650 représentations à la fin de l’année 1911. Dès le mois d’avril 1909, sans doute attiré par les annonces alléchantes de la presse parisienne, Franz Lehar effectua le voyage dans la capitale de la France pour assister aux dernières répétitions de son opérette avant la première qui eut lieu fin avril 1909. «Il a manifesté à M. Alphonse Franck toute sa satisfaction quant à la brillante distribution de sa pièce […] et a tenu à adresser des félicitations toutes spéciales à l’orchestre placé sous la direction de M. Celansky (1)» Qui était Čelanský ? Né en Autriche en 1870, après des études au Conservatoire de musique de Prague, il entreprit une double carrière de compositeur et de chef d’orchestre. Il fut  directeur d’orchestre symphonique et d’opéra successivement à Plzeň, Zagreb, Lemberg (2), Kiev, Varsovie et Prague où, après avoir contribué à fonder l’Orchestre Philharmonique tchèque,  il conduisit l’orchestre de l’opéra de Vinohrady ouvert en 1907. En tant que compositeur, il écrivit un opéra, Kamilla, dont le sujet toucha un temps Leoš Janáček (3). A Paris, comment reçut-on le chef  Čelanský  ? A propos de l’opérette de Leo Fall La Divorcée, à la fin d’un très long article de Robert Brussel (4), le chroniqueur écrivait «L’orchestre est conduit d’une manière supérieure par M. Celansky (5)» Le domaine de la musique légère n’était pas réservée qu’aux viennoiseries, si gracieuses fussent-elles. Le Théâtre Apollo programma les opérettes françaises Hans le Joueur de flûte de Louis Ganne, Les Transatlantiques de Claude Terrasse et Les Petites Etoiles d’Henri Hirchmann dont la musique «ne manque ni de charme, ni de gaieté, ni d’entrain» écrivait Robert Brussel qui relevait en désignant l’orchestre «la valeur de son chef éminent, M. Celansky (6)». Deux jours plus tard, le chroniqueur reprenait la plume pour signaler, toujours à propos de ces Petites Etoiles «l’orchestre obéit au geste sûr et plein d’accent de M. Celansky (7)». A propos d’une autre opérette de Franz Lehar, Le Comte de Luxembourg, le même chroniqueur décernait des éloges au chef d’orchestre «L’orchestre extrêmement soigné d’écriture plein de raffinement dans ses «dessous» sonne d’une manière charmante. M. Celansky en fait d’ailleurs ressortir à miracle les mérites (8)». Quelques mois auparavant, le chef dirigeait Madame Favart d’Offenbach méritant le qualificatif d’ «excellent chef d’orchestre (9)» que lui décernait un rédacteur anonyme du Journal amusant. Tandis que Joseph Périer évoquait sa «baguette légère et subtile (10)», Edmond Panis de Mazory dressait un portrait plus fouillé de Čelanský. «Le maître est debout, nerveusement il se redresse et sous l’énergie de sa baguette, les cuivres attaquent avec une sûreté impeccable, et c’est le déchaînement de tous les accords  plaqués harmonieusement […] Le geste est sec, mais sobre. Et voici qu’arrive la mélodieuse valse viennoise, dont les soupirs montent contenus, comme s’ils sortaient de la poitrine du maître. On sent que c’est toute son âme qui passe par ses doigts ; puis, sa tête courbée comme pour aspirer par la pensée les sons harmonieux sous la douceur captivante de ces valses adorables, il rêve et de son geste apaisant, il endort son orchestre (11)». Photo parue dans Comoedia illustré du 15 mai 1911 Alphonse Franck et Čelanský souhaitèrent, en plus des opérettes viennoises et françaises (12), ajouter leur nom aux sociétés de concert qui offraient épisodiquement ou régulièrement des saisons de concerts symphoniques ou de musique de chambre. En 2011, ils créèrent les Concerts Franck-Celansky pour lesquels ils envisagèrent une série de huit concerts annuels. La presse ne se fit l’écho que du premier qui reçut l’approbation de la critique musicale, mais le public répondit-il en nombre suffisant pour assurer la pérennité de ces concerts ? Il est permis d’en douter. Cependant un de ces concerts mérite un examen attentif de son contenu. Il alliait des ouvrages français, les ouvertures de Patrie de Bizet et du Carnaval romain de Berlioz à des œuvres venues de Hongrie, de Norvège, de Russie et des pays tchèques, la Rapsodie n° 2 de Liszt, la première suite de Peer Gynt de Grieg, la Symphonie pathétique de Tchaïkovsky et La Vltava de Smetana. Le poème symphonique saluant le fleuve emblématique des Tchèques avait déjà été joué (13) en France, mais il n’égalait pas le nombre d’interprétations - bien timide malgré tout - de l’ouverture de La Fiancée vendue. Smetana n’était un peu connu que par un nombre restreint de mélomanes français, malgré la parution en 1907 du livre que l’esthète suisse William Ritter lui avait dédié dans la collection Maîtres de la musique aux éditions Alcan en 1907. Si Čelanský avait inscrit cette ouverture au programme de ce concert, c’est qu’il pensait que cet ouvrage brillant représentait bien la musique des pays tchèques et qu’il serait bien reçu par les auditeurs. Cette pièce resta longtemps une porte d’entrée permettant de dévoiler très partiellement la richesse de la musique tchèque. Le nom de Smetana inscrit au côté de ceux de Liszt et de Grieg qui bénéficiaient alors d’une solide renommée dans l’Hexagone, c’était une sorte de reconnaissance de la valeur du compositeur tchèque. L’hebdomadaire Le Ménestrel rendit compte de ce concert. «Le chef d’orchestre, M. Louis-Victor Celansky possède un tempérament d’une séduisante originalité ; sa fantaisie capricieuse va de la fougue la plus passionnée jusqu’à une indolence aimable, parfois d’un charme extrême». Le rédacteur continuait à détailler les qualités du chef d’orchestre «il aime les nuances et les rend avec une prédilection minutieuse ; il recherche les contrastes et excelle à les faire ressortir». Pourtant il pointait quelques défauts dans sa battue «un peu de mièvrerie et une tendance à l’affectation». Le chroniqueur s’étendait moins sur les œuvres entendues, se contentant  pour La Vltava de la qualifier de «poème symphonique où Smetana a chanté avec une émouvante conviction la beauté pittoresque de son pays (14)». Il en aurait fallu des écrits plus fournis pour convaincre les lecteurs (et éventuels auditeurs) de la valeur de ce compositeur, créateur de l’école musicale tchèque, comme on se plaisait à le penser à l’époque. Malgré le pont d’or que Alphonse Franck lui offrit tout au long de son séjour parisien, Čelanský revint à Prague à l’été 1912, tout heureux de retrouver son pays et de pouvoir diriger de temps à autre l’Orchestre Philharmonique tchèque. Čelanský s’inscrivit pendant trois années dans la liste des musiciens, artistes, intellectuels qui établirent des liens entre culture tchèque et culture française. Lorsque sa mort survint en Tchécoslovaquie en 1931, le quotidien Comoedia n’oublia pas qu’il avait passé plusieurs années à Paris à la tête de l’orchestre du Théâtre Apollo et publia un article nécrologique tout à sa gloire. A cette place parisienne, il ne privilégia pourtant pas la musique de son pays. Il est vrai que ce n’était pas le répertoire d’opérettes qui pouvait révéler les caractéristiques et l’originalité de la musique tchèque. Joseph Colomb - novembre 2016 Notes :  1. Le Journal, 2» avril 1909. 2. Lemberg a retrouvé actuellement son nom ukrainien de Lviv. La ville connut une histoire mouvementée passant  de la Pologne à l’Autriche (de 1772 à 1918) pour ensuite redevenir polonaise et enfin ukrainienne. En Europe centrale, il n’est pas rare qu’une ville change de nom suivant les nouveaux maîtres du pays dans lequel elle se trouvait. Ainsi la ville de Bratislava, maintenant capitale de la Slovaquie,  fut dénommée Pozsony lorsque les Hongrois l’inclurent dans leur royaume  et Pressburg du temps de la domination autrichienne. 3. En 1903, Janáček rencontra la vraie Kamila (Urválková), dans la petite ville thermale de Luhačovice. Cette Kamila avait été dépeinte, plutôt de manière désagréable, dans l’opéra Kamilla de Čelanský, avec qui elle avait partagé un moment de sa vie. A la suite de cette rencontre, à son tour Janáček composa un opéra inspiré par cette jeune femme, Osud (Le Destin).  4. Robert Brussel (1874 - 1940). Musicologue et critique musical, il tint la rubrique musicale au Figaro dès 1905. Il se lia d’amitié avec Debussy et Paul Dukas. L’ouverture d’esprit envers la musique de son temps qu’il exprimait à travers ses articles le faisait respecter par une bonne partie des acteurs du monde musical.  Soutien des Ballets russes, en 1922 il devint directeur de l’Association Française d’Action Artistique jusqu’en 1938. Il occupa une place centrale dans la vie musicale. Il est assez étonnant dans les années 1910 de le voir spectateur assidu des opérettes et s’épancher longuement sur leurs mérites dans les colonnes de son journal alors que plus tard il sut discerner les différents changements qui affectèrent l'évolution du monde musical contemporain.  5. Le Figaro du 19 février 1911. 6. Le Figaro du 22 décembre 1911. 7. Comoedia illustré,  15 mai 1911. 8. Le Figaro du 13 mars 1912. 9. Le Journal amusant, 28 octobre 1911. 10. La Revue illustrée du 10 janvier 1912. 11. Le Figaro, 24 décembre 1911. 12. Čelanský dirigea aussi une opérette italienne de Leoncavallo, Malbrouck s’en va-t-en guerre ! 13. Le 24 mars 1901, au théâtre du Châtelet, Oskar Nedbal qui conduisait l’orchestre Colonne plaça La Vltava dans son programme. 14. Le Ménestrel, 6 mai 1911, article d’Amédée Boutarel.

Edvard Grieg
(1843 – 1907)

Edvard Grieg (15 juin 1843 - 4 septembre 1907) est un compositeur et pianiste norvégien de la période romantique. Greig est surtout connu pour ses œuvres Concerto pour piano en la mineur et Peer Gynt, la célèbre musique de scène spécialement composée pour le drame d'Henrik Ibsen.



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